Le marché du travail est incertain, c’est une donnée depuis plusieurs années maintenant.

L’enjeu réside donc pour chaque salarié, chaque chercheur d’emploi à évoluer dans cette incertitude.

Nous vous avons souvent parlé de créativité, de mise en dynamique des moyens ou d’expérimentation, d’autant plus opportunes que les technologies et usages sociaux les facilitent, les stimulent, les appellent… dans ce grand mouvement de changements profonds, dont le buzz word du moment est la transformation digitale de l’économie, de la société, etc.

Or nous constatons toujours que peu de personnes s’autorisent à être créatives, à opter pour une mise en dynamique renouvelée de leurs ressources, à expérimenter… dans leur recherche d’emploi ou leur projet de création d’activité.

La citation de Goethe « Je marche pour savoir où je vais » nous semble bien illustrer l’attitude à adopter pour faire face à l’incertitude du marché du travail.

Incertitude de l'emploi et nouveaux réflexes professionels

Le risque de la certitude

Si les candidats à un emploi n’osent pas prendre le risque de sortir des chemins battus, c’est peut-être parce que le recrutement est encore et majoritairement réalisé de façon classique par les entreprises et les intermédiaires du marché du travail. Les normes, les dogmes et les habitudes sont encore là en matière de recrutement et de gestion de carrières, en dépit des innovations continues proposées. Ces innovations portent elles-mêmes de nouvelles normes et de nouveaux dogmes comme ceux de la créativité à tout prix pour se différencier, du mouvement qui finit par être de l’agitation, de l’expérimentation qui n’aboutit à aucun apprentissage…

Si les candidats n’osent pas, c’est aussi parce qu’il faut du temps pour que tous les acteurs appréhendent ensemble la nouvelle donne, chacun pouvant être impacté différemment en fonction de sa propre situation, perception, histoire, expérience ou de son environnement…

Il faut aussi du temps à chacun et à tous ensemble pour percevoir ce qu’il a à gagner dans l’adoption de nouvelles stratégies d’actions, pour réaliser les apprentissages ou pour mobiliser des aptitudes détenues mais non sollicitées.

Or l’erreur que nous commettons tous en matière de parcours professionnel, erreur que nous révèlent notamment les entrepreneurs du numérique, c’est qu’il ne faut pas attendre de savoir pour agir.

Nous sommes éduqués ainsi, mais il nous faut changer.

Dans un monde marqué par l’incertitude, la complexité et de profondes et rapides mutations, il nous faut activer des démarches de réflexion et d’action différentes.

Comme le dit Goethe : il nous faut construire nos objectifs et nos compétences dans le mouvement, notamment expérimenter, tester, savoir changer d’objectifs, accepter de faire des erreurs, d’échouer, rester ouvert, etc.

Il nous faut oser de nouvelles stratégies d’emploi comme les entreprises doivent oser de nouvelles stratégies RH. 

Face à l’incertitude et aux mouvements, voire aux difficultés et à l’échec, le risque consiste aussi à continuer à faire comme avant, à rester bloqué sur des constats ou sur des démarches qui ne fonctionnent plus.

Prendre la mesure de la métamorphose qui s’opère sur le marché du travail et dans les relations d’emploi et l’accepter comme une donnée, c’est déjà réduire le sentiment de risque, réduire les peurs.

Continuer à faire un CV qui n’est qu’une liste de tâches ou une proclamation de compétences alors que les entreprises sont davantage attentives aux contextes de l’expérience et aux compétences comportementales.

Se figer dans une filière métier parce qu’on en a le diplôme et/ou l’expérience en dépit du manque d’emplois dans la filière.

S’immobiliser sur les réseaux sociaux en affichant son CV.

S’épuiser à envoyer des candidatures standards à des emplois qui dans une large mesure ne nous correspondent pas.

Continuer à courir après des normes, des bonnes pratiques, des modèles, des phrases toutes faites alors que plus rien n’est déterminé, ni certain.

Etc.

 

L’incertitude de l’emploi et les nouveaux réflexes professionnels

L’incertitude du marché du travail est à la fois bien réelle pour tous et relative pour chacun.

En fonction de nos réussites professionnelles, de nos échecs, de nos essais, de nos vies personnelles, de nos croyances, nous percevons un niveau différent d’incertitude face au travail. Nous le constatons dans nos accompagnements individuels. Certaines personnes ont une forte employabilité et apprécient comme faible la probabilité de retrouver un emploi ou d’évoluer dans un nouvel emploi. D’autres ont une employabilité plus faible et apprécient comme forte la même probabilité. Comme l’écrit Andreù Solé dans son livre La société du risque : « nous ne nous rendons pas compte de la réalité, nous la créons avec nos possibles, nos impossibles, nos non impossibles ».

L’incertitude générale rend imprévisible le résultat de la recherche d’emploi pour toutes ces personnes. En revanche, celles qui s’autorisent les non impossibles, et plus encore tentent de nouvelles réponses, vont grâce à leur proactivité, à leur créativité, à leur dynamique d’actions, à leur exploration, qui seront nécessairement personnelles et singulières, lever des barrières et s’ouvrir de nouvelles voies.

Dans le domaine du recrutement et du travail, ces nouvelles réponses ne seront probablement pas totalement révolutionnaires dans un contexte social à plusieurs vitesses.

Mais opter pour de nouveaux réflexes professionnels qui s’appuie sur la créativité, sur l’ouverture, sur l’itération du test & learn, sur la prise de risques, qui n’est pas plus grand au final que de ne rien faire, contribue à prendre la main sur son devenir professionnel, à l’orienter, plutôt qu’à subir l’incertitude.

Ces nouveaux réflexes professionnels portent pour chacun individuellement de nouvelles exigences : sortir de sa zone de confort, apprendre en continu, exercer son esprit critique… Grâce à Internet et aux médias sociaux, ces nouveaux réflexes professionnels peuvent aussi s’appuyer sur une société plus partageuse de ses connaissances et de ses expériences. Ici aussi le monde n’est pas idéal et certain d’aller dans le bons sens.

En revanche, les nouvelles approches de recrutement des entreprises, les nouvelles relations d’emploi qui s’expriment, les retours d’expériences des entreprises et des candidats facilitent l’adoption de ces nouveaux réflexes professionnels.

Tout l’enjeu pour chacun d’entre nous est d’adopter et de mettre en oeuvre ses nouveaux réflexes dans la sérénité, et non sous la pression des risques encourus, ou des injonctions.

Créer des réflexes est déjà une bonne façon de ne pas subir la pression : les routines gagnantes.

Il faut y trouver aussi des motivations. Au premier rang probablement, le fait de ne pas subir l’incertitude.

C’est peut-être aussi pour cela qu’Internet est aussi ludique, les processus de recrutement et de management autant gamifiés ?

Et si le jeu était une façon de nous mouvoir ensemble sur les chemins de la complexité, de nous donner du courage ? De s’allier face à l’incertitude.

Pour le candidat à un emploi, marcher pour savoir où il va n’est pas un cheminement solitaire. C’est un cheminement en réseau.