Chercheur et Créateur d’entreprise : la résistance au changement, recherche public vs valorisation privée (2)

Suite de l’article 1 : de l’idée à la création en saisissant les opportunités.

Pascal Ferrand est directeur de recherche au CNRS affecté au Laboratoire de Mécanique des Fluides et d’Acoustique (LMFA) de l’Ecole Centrale de Lyon (ECL) et créateur de la société Fluorem avec Stéphane Aubert. 1ère Start-up européenne aux Eurowards grâce à Turb’Opty.

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Nous avons rencontré beaucoup d’aides mais aussi beaucoup d’obstacles. Contrairement aux autres pays occidentaux, jusqu’en 1999, la loi française interdisait aux chercheurs de créer leur propre entreprise.

La loi sur l’innovation de 1999, dite loi Allègre, a établi un cadre très strict qui précise les conditions dans lesquelles une telle société peut être créée et avoir des relations très étroites avec le laboratoire d’origine.

Depuis, progressivement, de nombreuses procédures ont été instaurées pour inciter et faciliter la création de telles sociétés innovantes : incubateurs, statut de Jeune Entreprise Innovante, crédit d’Impôt Recherche, … L’idée majeure est de faciliter le transfert entre une recherche publique et sa valorisation par le secteur privé.

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Mais en 1999, il n’existait que la loi (aux interprétations souvent contradictoires) et une volonté politique au niveau national. Les obstacles ont été multiples car, à ceux liés à toute création d’entreprise en France (procédures administratives lourdes, taxations dès le premier jour de la création, charges élevées, équilibre de trésorerie précaire faute de fonds propres suffisant, investisseurs financiers très « conservateurs »), … s’est ajouté une mentalité française pas du tout préparée à accepter ce transfert secteur public, secteur privé.

Malgré les contrats régissant les droits et propriétés, un comité de déontologie, des conventions multiples, beaucoup de collègues ont vu une dépossession des biens (humains et matériels) du laboratoire au profit d’une société commerciale, potentiellement concurrente. Le lien LMFA – Fluorem n’a pas pu être mis en place tel que nous le pensions et une réelle séparation a du être effectuée les quatre premières années.

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Nous avons rencontré aide et compréhension avec les directions du CNRS et de l’ECL. A la création, l’ECL est rentré au capital pour en sortir au moment de l’entrée d’investisseurs financiers, ce qui a été fait en 2003. Les relations avec le LMFA sont aujourd’hui excellentes. Une deuxième Spin-off du LMFA, « Sillages Environnement » vient d’être créée par un collègue. Les créations d’entreprises sont devenues courantes en France, les suspicions se sont évanouies faute de matière, les intérêts mutuels d’une collaboration ont pris le dessus.

Le LMFA et Fluorem sont partenaires dans des programmes de recherche au niveau régional, national (avec l’Agence National de la Recherche) et européen (7ème PCRDT), ce qui renforce le poids des deux établissements et met en évidence la complémentarité des rôles. Beaucoup de ces programmes n’existeraient pas sans Fluorem, et donc beaucoup de moyens financiers et humains ont ainsi été apportés au secteur public. Inversement, Fluorem bénéficie de validations expérimentales et de recherches publiques dont certaines pourront être intégrées aux logiciels commerciaux pour maintenir son avance technologique.

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Quant aux relations entre le secteur public et privé, je pense que tous les outils nécessaires ont été mis en place entre 1999 et aujourd’hui. Il ne faut rien créer de plus et ne pas basculer dans l’extrême inverse sur le plan budgétaire : la recherche publique doit aussi avoir une activité non fléchée, libre de toute contingence sociétale, avec une part de financement suffisant. Sinon la France va s’appauvrir.

Ce qui manque, c’est la banalisation du processus de transfert public – privé, c’est aussi la notion de prise de risquequi doit être acceptée par les banquiers, les investisseurs financiers et les grands groupes français.

La recherche publique innove, les chercheurs prennent des risques, il faut que les trois entités précédentes suivent sinon, nos sociétés innovantes deviennent vite américaines et alors, l’état français finance l’innovation américaine ! C’est particulièrement vrai dans le domaine du logiciel1.

 

1article les Echos du 3 mars 2010 de Yann Verdo : « Start-up informatiques : razzia sur les pépites »


Auteur : Equipe id-carrieres

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